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Le mois de Juin fut pour moi une terrible épreuve et j’ai eu du mal à m’en remettre, ça va mieux chaque jour et ça ira encore mieux demain… Sans vous raconter ma vie mais comme c’est à cause de cela que j’ai disparu des écrans pendant 3 bonnes semaines, je vais quand même en parler un peu. J’ai déménagé suite à la séparation et au divorce avec mon ex femme, la bonne chose dans tout ça est que maintenant je vie à côté du Léman, à 800M pour ainsi dire… mais le partage de la maison et des 15 ans de vie commune, le tri, les souvenirs, les voyages à la déchetterie, la vente de certaines choses et les cartons, ça ruine le moral. Ensuite ça a été lessivage et peinture de mon nouveau logement pour m’y sentir un peu chez moi, mais la séparation avec mes enfants a été très difficile à vivre, je sais que beaucoup sont passés par là mais mon côté sentimental à eu raison de moi. Le stress à déclenché une dépression, la dépression un ulcère, l’ulcère un empoisonnement du sang qui m’a conduit direct à l’hôpital avec transfusion sanguine… Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, et c’est mon cas actuellement.
Direct sorti de l’hôpital, le sur-lendemain j’avais une session de prévue de longue date avec mon ami Léon Hoogendijk, histoire de se retrouver et passer du bon temps sur la flaque entre potes et aussi l’opportunité de faire un report pour son magazine Planète Carnassier. Ma mission personnelle est de trouver les ressources nécessaires à cette session pour tirer un trait sur le passer et démarrer une nouvelle vie, Léon, mon ami allait m’aider sans le savoir, et cette session serait un nouveau départ pour moi. J’ai eu raison de me motiver et de braver les recommandations des médecins qui prônaient 3 semaines de repos et des anti-dépresseurs que je ne voulais pas prendre, des anxiolytiques à la rigueur et de la pêche comme thérapie et ça irait…

8H du mat, je suis à la mise à l’eau de Sciez et je prépare mon bateau, Léon arrive tout frais et tout content de me retrouver… il fait une drôle de tête en me voyant, normal, j’ai les traits tirés, les yeux jaunes, et j’ai perdu 9kg en 7 jours… On parle un peu et je mets le bateau à l’eau.
je prends direction la Suisse car la dernière fois que j’ai pêché l’eau était plus chaude en face et il y avait quelques bancs de perches à trouver. En fait je sais exactement où je vais aller, un secteur vaste de plusieurs kilomètres où se trouvent pleins de configurations bathymétriques différentes, des grands plateaux peu profonds, des grands plateaux intermédiaires, des cassures de type falaises, des cassures de type pentes douces et d’autres plus raides, mais il y a surtout des plateaux en pentes douces de 7 à 15M avec de l’herbe jusque 12M, c’est la configuration idéale pour trouver des grandes femelles en repos après le fraie tardif de cette année.
Une fois arrivés sur zone je me dirige directement sur un swim que je connais par cœur tellement je l’ai sondé et poncé, je connais le moindre recoin de cette zone, la moindre rupture de pente, le moindre amorti, toutes les épaves présentes et les couloirs d’herbiers, je pourrai poncer cette zone des mois sans jamais m’en lasser tellement je l’aime… Surtout qu’elle se situe sur un secteur comme je le disais qui comporte tellement de configurations que n’importe quel changement météo, n’importe quel mouvement de courant, ou positionnement de fourrage, me permet de retrouver des conditions de pêche idéales…

Alors bien sûr, en disant cela je me dévoile et certains bateaux vont se dire, je sais où c’est et je vais y aller car l’ai vu le bateau d’Arnaud là bas…. ou je reconnais l’arrière plan de la photo… Oui venez, pas de blem, la zone est vaste, presque 8km…. Venez chercher et trouver votre pêche, mais si je vois un bateau qui vient prendre ma dérive à 100 ou même à 500M de moi, comme je le vois très souvent pour ne pas dire tout le temps, sachez que j’ai décidé de prendre des photos des bateaux et des pêcheurs avec mon téléobjectif (à 500M je shoot le visage du pêcheur et l’immat du bateau avec une netteté qui vous fera pâlir) et je les diffuserai sur FB et mon blog. Vous, lecteurs, serez surpris de voir qu’il y a des bateaux de compétiteurs, de gens connus et même des guide de pêche qui naviguent et dès qu’il reconnaissent mon bateau font une boucle, ralentissent, s’arrêtent, se mettent à ma latitude à 200 ou 300M plus loin et sans sonder ni connaitre quoi que ce soit au poste de pêche, entament une dérive… Ce jour là d’ailleurs un guide de pêche est venu se positionner de la manière décrite plus haut après avoir reconnu mon bateau à 300M de moi et à dériver 20 minutes sur la zone… pas glop du tout…  Jusqu’à présent j’ai été courtois et je n’ai jamais trop rien dis, j’ai juste expliqué à mes clients que des pirates avec des pinces de crabes venaient exploiter notre dérive car ils avaient reconnu mon bateau… Ça c’était avant et maintenant cela va changer, car j’exploite un poste toute la journée, je ponce ce poste toute la journée en attendant le pic d’activité qui rendra les poissons agressifs pour attaquer du plastique comme de la viande, et ce n’est pas parce que je suis à 300M à gauche que je ne vais pas me tourner et refaire ma dérive dans l’autre sens. Je sais ce que je fais, je ponce un spot par jour, j’ai des swim similaires dans cette zone immense et le lendemain je serai sur un autre spot équivalent, pour ne pas sur-pécher le même poste deux jours de suite. Alors trouvez votre pêche loin de moi ou trouver vos photos et noms sur mon FB à côté de moi et devenez la risée du monde de la pêche pro ou semi-pro… A vous de choisir… Mise au point effectuée, revenons à notre récit…

J’ai donc choisi un swim qui est un plateau qui continue en pente douce, ce que j’appelle dans mon jargon une plage… Le poisson fourrage y est positionné entre 7 et 12M, juste sur la zone herbeuse qui m’intéresse, car au dessus il a de l’herbe aussi mais ce sont des phosphates ou des potamots, et ce n’est pas ce que je recherche. Le swim est long de 800M, en plein milieu il y a un décroché qui forme une sorte de micro crique sous marine. Il y a des épaves de nasses à perches perdues par les pêcheurs pro lors de tempêtes et une épave de voilier. Donc 3 zones pour fixer du poisson et du linéaire pour apporter de la tranquillité à de très grands poissons venus ici se refaire une santé ou digérer au soleil. Cette zone est plein courant et proche des profondeurs abyssales du lac et donc à tout moment un groupe de poissons pélagiques peut entrer dans le secteur et déclarer la guerre.
Après analyse du poste, j’expose ma stratégie à Léon et sors mes leurres. Pour moi ce sera Shad GT 22 et AT Minnow 25, pour Léon ce sera Pro Shad de Fox et Shad de Westin.
Je programme mon I pilot pour ne pas à avoir à jouer avec la télécommande et juste me concentrer sur la pêche. Je peine, mes lancers trouvent l’eau à 50M à peine du bateau alors que d’habitude je propulse mes leurres à 65M. J’ai mal au ventre, j’ai la nausée, et je suis faible. Je prends sur moi et lance, mode robot, en essayant de m’appliquer pour gratter quelques mètres à chaque fois… je sais que la longueur du shoot est déterminante dans ma stratégie… Je m’arrête 10 minutes et reprends la pêche 20 minutes, je pense même monter une canne et pêcher les perches assis tellement je suis mal… et chaque fois que Léon se roule « un clope » comme il dit, je manque de vomir… Je m’accroche car je sais qu’elle est là et qu’ à n’importe quel moment elle peut avaler mon leurre. Je ne les ai pas vu, mais je subodore leur présence… la force, l’instinct, appelez ça comme vous le voulez, je le sais un point c’est tout… Prenez moi pour un fou, un mytho, un je sais pas quoi, je ne peux pas l’expliquer c’est comme ça, je le sais!
Midi 30, Léon pense casse croute, moi je pense que l’eau vient de se teinter en vert bizarre à cause de la chaleur et de l’angle des rayons du soleil qui est maintenant perpendiculaire, chaleur qui est insoutenable pour moi et ma condition physique, et je pense surtout que mon leurre n’est plus raccord. Je le change au profit d’un Ayu…. 3 lancers et j’enregistre une frappe de l’espace alors que mon bateau croise le début de la plage vers 8M. Le poisson monte en surface et je le vois, il est solide, c’est un 115 et je l’empêche de sauter en coulant ma canne et en tirant sur le blank pour obliger mon poisson à se retourner et sonder de nouveau. je débloque mon frein de 9 à 5kg et le brochet prend 20M de tresse et puis revient vers le bateau tranquillement comme le font les poissons qui n’ont rien à craindre. A proximité du bateau le rapport de force s’entame et le poisson me défonce le bras, je tétanise, je suis dans le rouge depuis le début de la journée et là il me finit… Je laisse faire sans forcer, mieux vaut qu’il se fatigue dans l’eau que dans mes bras. Le brochet joue sur son poids et n’est pas décider à monter, pas grave je joue avec la progressivité de ma canne et je reste patient… Léon prend des rafales de photos. Le poison cède enfin et crève la surface, et là je vois un bloc, pas étonnant qu’il m’ait mis la misère, impossible de dire une taille ni un poids tant il est massif et dans l’eau tout est différent.

Léman juin 2016 (3)

Léon veut prendre l’épuisette et je lui en interdit l’usage, je veux faire ce poisson à la main par l’opercule, je sais que je peux le faire et je veux le faire… Je prends mon bas de ligne et glisse ma main sous sa gueule et en saisi l’opercule et sors le géant de l’eau… Là de suite j’ai envie de pleurer, je suis en vie, avec un ami et un trésor de mon lac dans mes bras, je suis le plus heureux des pêcheurs à ce moment!
Après la première séance photos, je décroche le poisson, le réhydrate dans l’eau tout en sortant la Maillapoutre. Le Poisson glisse sur le tapis et je lis 122… je suis aux anges! Il fait trop chaud pour peser ce poisson, malgré les maintes et maintes  réhydratations entrecoupées de photos, je préfère le relâcher… de toute façon Léon et moi avons soulevé des centaines de carpes voire des milliers de carpes à nous deux et nous pouvons estimer ce poisson à 500g près, pour nous il pèse 16KG+, c’est presque le poids d’un 130…. plus qu’un géant, plus qu’un bœuf, ce poisson est un Hippobrcohet!

Léman juin 2016 (10)

Léman juin 2016 (12)

Je suis refait, je n’ai rien lâché et j’ai été récompensé, je peux maintenant ranger ma canne qui est baptiser de belle manière, en effet c’est le proto définitif de ma nouvelle canne Meter Over 100/200 qui sortira début 2017. Je vais maintenant savourer cette belle journée et regarder pêcher Léon, faire une sieste et peut être prendre une perche ou deux…

Après manger (Léon, pas moi), en pendant mon repos, Léon capte deux poissons entre 75 et 80 cm presque sur la même zone que mon Hippobrochet, puis je reprogramme le bateau car la température est bien montée et je pense que les poissons actifs seront présents plus en fin de plage que sur le haut. Je m’en remets à Morphée…
Léon pêche un peut plus creux en faisant couler son Pro Shad quelques secondes avant la récupération, et sur une descente le long de la micro crique dont je parlais plus haut, je suis réveillé par « Fish On! » Et je vois la canne de mon pote cintrée vers le bas et le moulinet qui crache de la tresse… Le doublé est là! Léon se bat avec un poisson qui est sous le bateau et qui ne veut rien savoir, il ne veut pas monter et reprend du fil chaque fois que Léon lui en prend, nous savons tous les deux que son nouveau record est au bout de la ligne, reste à concrétiser…
Après quelques minutes interminables, le poisson se rend et monte au bateau, je le glisse dans l’épuisette et effectivement il est grand… Sur la Maillapoutre il accuse 116cm. New Personal Best pour Léon!

Léman juin 2016 (16)

Après ce poisson, il est temps pour nous de rentrer et de savourer cette journée, ce sera whisky pour Léon et badoit pour moi, mais l’essentiel est ailleurs et demain on remet ça, il faut que je me refasse une santé durant la nuit…
Ma thérapie pêche avec des potes et clients est bien plus efficace que tous ces médocs qui vous empoisonnent et vous rendent accroc par la suite, alors les gars gardez la pêche, la vie est courte et rien ne dit que demain ce ne sera pas la dernière partie de pêche de notre si courte vie…